Les députés provinciaux du Kongo Central ont validé, jeudi 16 avril 2026, le rapport d'une commission d'enquête sur des soupçons de fraude fiscale liés à l'importation de barres de fer en provenance d'Angola. Le manque à gagner pour la Direction générale des recettes du Kongo Central (DGRKC) est estimé à 113 millions de francs congolais, une somme considérable qui aurait dû contribuer au développement provincial.
Réunis en séance plénière sous la présidence de Victor Nsuami Mpaka, les élus provinciaux ont adopté ce document accablant qui met en lumière des pratiques frauduleuses systématiques au poste frontalier d'Ango-Ango, l'un des points d'entrée stratégiques pour les marchandises en provenance de l'Angola voisin.
Une commission d'enquête aux conclusions alarmantes
Présidée par Jean Kimboko Ndombasi, la commission d'enquête met en lumière une situation d'évasion fiscale récurrente au poste frontalier d'Ango-Ango. Selon le document, certains transporteurs refusent de s'acquitter de la taxe d'incitation lors du transit de leurs marchandises, privant ainsi la province de ressources fiscales essentielles.
L'enquête révèle un écart significatif dans le contrôle des véhicules. Sur 157 camions transportant des barres de fer, l'Agence Intercont, service technique compétent, n'aurait pris en charge que 53 d'entre eux, sous la responsabilité d'un certain Sylvain Ngimbi, se présentant comme déclarant. Plus des deux tiers des camions auraient donc échappé aux contrôles et au paiement des taxes dues.
Après des auditions menées auprès de la Direction générale des douanes et accises (DGDA), de la DGRKC et de l'Agence Intercont, la commission confirme l'existence d'une fraude d'ampleur. Au 10 septembre 2025, le préjudice financier pour la province s'élève à 113 millions de francs congolais, une perte sèche pour les caisses provinciales.
Des recommandations fermes
Face à ces conclusions accablantes, les enquêteurs proposent plusieurs mesures pour mettre un terme à ces pratiques frauduleuses :
- · Mettre en demeure Sylvain Ngimbi de régulariser sa situation sous un bref délai, sous peine de poursuites judiciaires engagées contre lui pour fraude fiscale.
- · Sanctionner les agences récalcitrantes, allant jusqu'à la fermeture de leurs installations en cas de non-paiement des taxes dues, afin de dissuader les contrevenants.
La commission recommande également un renforcement des contrôles au poste frontalier d'Ango-Ango et une meilleure coordination entre les différents services impliqués dans la chaîne de contrôle des marchandises.
La réaction ferme du président de l'Assemblée provinciale
Depuis le perchoir, Victor Nsuami Mpaka a vivement dénoncé ces pratiques. Il a rappelé que la DGRKC constitue la principale source de revenus de la province, et que toute fuite de recettes aux frontières freine directement le développement du Kongo Central. Chaque franc non perçu est un franc qui manque aux routes, aux écoles, aux hôpitaux et aux autres services publics essentiels.
Selon lui, ces fraudes seraient facilitées par certains agents de la DGRKC, protégés par des acteurs politiques locaux qui fermeraient les yeux sur ces pratiques illégales. Il a appelé à une prise de conscience collective et à des mesures rigoureuses pour mettre fin à ce phénomène, demandant aux autorités judiciaires d'ouvrir des enquêtes pour identifier tous les responsables.
Une enquête initiée par une motion d'information
Cette commission d'enquête a été instituée à la suite d'une motion d'information déposée par Gabriel Juifs Manianga, élu du territoire de Matadi, qui avait alerté l'Assemblée provinciale sur l'ampleur présumée de la fraude à l'importation de fer.
L'adoption de ce rapport ouvre désormais la voie à des poursuites judiciaires contre les personnes impliquées dans cette fraude, ainsi qu'à des réformes administratives pour renforcer la transparence et l'efficacité des contrôles aux frontières.
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