Des élèves filles bénéficiaires du Projet d'Appui à l'Amélioration de la Formation (PAAF) ont été renvoyées de certains établissements scolaires à Tshikapa, dans la province du Kasaï, à la suite de retards de paiement liés à la mise en œuvre du projet. Dans un communiqué officiel, la Coalition nationale de l'Éducation pour tous en RDC (CONEPT RDC) dénonce une grave atteinte au droit à l'éducation et appelle l'État, les partenaires et l'ensemble des acteurs éducatifs à agir sans délai.
Des exclusions liées à des retards de financement
Selon la CONEPT RDC, ces exclusions seraient intervenues à la suite du non-décaissement ou du retard de paiement des fonds attendus par certains établissements scolaires dans le cadre de la mise en œuvre du PAAF. Même si des concertations entre autorités éducatives, représentants syndicaux, société civile et responsables concernés ont permis d'obtenir le retour immédiat des filles à l'école, l'organisation estime que la gravité des faits reste entière.
Pour la coalition, aucun enfant, et en particulier aucune fille, ne peut être privé d'école en raison de dysfonctionnements administratifs, financiers ou institutionnels relevant exclusivement de la responsabilité des adultes et des gestionnaires publics. Elle rappelle que le PAAF a précisément été conçu pour favoriser la scolarisation des filles dans des provinces où leur maintien à l'école demeure fragile. À ce titre, voir des bénéficiaires de ce mécanisme expulsées des salles de classe constitue, selon elle, une contradiction inacceptable et un signal alarmant pour toute la gouvernance éducative.
Une menace directe contre le droit à l'éducation des filles
La CONEPT RDC souligne que cet incident dépasse le simple cadre d'un retard de financement. Il révèle, à ses yeux, des défaillances préoccupantes dans la chaîne de gouvernance du projet, notamment en matière de planification, de coordination institutionnelle, de décaissement et de protection effective des bénéficiaires.
Les conséquences d'une telle décision peuvent être profondes : rupture des apprentissages, baisse des performances scolaires, découragement, stigmatisation, perte d'estime de soi, exposition aux violences basées sur le genre, aux mariages précoces ainsi qu'à l'abandon scolaire définitif. Dans un contexte où l'accès et le maintien des filles à l'école demeurent encore fragiles dans plusieurs provinces, un tel incident risque d'anéantir les efforts déjà consentis par les familles, les communautés, l'État et les partenaires éducatifs.
Les exigences de la CONEPT RDC
Face à cette crise, la coalition a formulé plusieurs exigences claires :
- · Elle dénonce fermement le renvoi des élèves filles concernées
- · Elle salue l'intervention des autorités provinciales et des acteurs éducatifs ayant favorisé leur retour
- · Elle réclame leur réadmission immédiate, sans frais, sans représailles et sans stigmatisation
- · Elle demande aux responsables nationaux du PAAF de procéder sans délai au décaissement des fonds dus aux écoles et de communiquer publiquement sur les causes exactes des retards observés
La CONEPT RDC appelle en outre le gouvernement congolais à diligenter une vérification rigoureuse de la gestion des fonds du projet, des blocages constatés et des éventuelles responsabilités. Elle invite aussi les autorités éducatives, tant nationales que provinciales, à mettre en place des mécanismes de prévention afin qu'aucune élève ne soit plus jamais renvoyée pour des motifs liés à un financement de projet ou à des failles administratives.
Un signal d'alarme pour les politiques publiques
Au-delà du cas de Tshikapa, cette affaire remet au centre du débat la question de la crédibilité des politiques publiques destinées à promouvoir l'éducation des filles en République démocratique du Congo. Car lorsqu'un programme censé soutenir les plus vulnérables devient, par ses dysfonctionnements, un vecteur d'exclusion, c'est toute la confiance des familles et des communautés qui vacille.
La CONEPT RDC le rappelle avec force : l'éducation des filles n'est ni une faveur ni une variable d'ajustement budgétaire, mais un droit fondamental qui ne saurait être suspendu au rythme des lenteurs administratives. À Tshikapa comme ailleurs, l'école devrait rester le premier refuge de l'enfant, jamais le lieu où se matérialisent les échecs de la gouvernance.
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