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Rentrée scolaire 2026-2027 : « Une rentrée réussie ne se mesure pas seulement à l’ouverture des écoles » — Jacques Tshimbalanga

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Rentrée scolaire 2026-2027 : « Une rentrée réussie ne se mesure pas seulement à l’ouverture des écoles » — Jacques Tshimbalanga

INTERVIEW

À quelques jours de la rentrée scolaire 2026-2027, prévue le 1er septembre, les regards sont tournés vers les conditions dans lesquelles les élèves et les enseignants reprendront le chemin de l’école en République démocratique du Congo. Cette rentrée intervient dans un contexte particulier, marqué notamment par les préoccupations sanitaires liées à l’épidémie d’Ebola dans certaines zones du pays et par l’annonce d’un dispositif d’enseignement à distance dans les sous-divisions éducationnelles considérées à haut risque.

Dans cet entretien, Jacques TSHIMBALANGA, Coordonnateur national de la Coalition Nationale de l’Éducation Pour Tous en République démocratique du Congo (CONEPT/RDC), livre le regard de la société civile sur les préparatifs de la rentrée. Il revient sur les conditions nécessaires à son effectivité, la protection des élèves et des enseignants, les défis de l’enseignement à distance, l’équité dans l’accès aux apprentissages et le rôle que doit jouer la société civile dans le suivi de cette rentrée.

Pour lui, l’enjeu va bien au-delà de l’ouverture administrative des écoles : il faut s’assurer que chaque enfant puisse effectivement reprendre ses apprentissages, dans de bonnes conditions et sans être laissé de côté.

Entretien réalisé par Fleurisse KATAMBA BOOTO KASHINI.

À quelques jours de la rentrée scolaire 2026-2027, quel regard la CONEPT/RDC porte-t-elle sur le niveau de préparation de cette rentrée ?

Jacques TSHIMBALANGA : Pour la CONEPT/RDC, l’enjeu est clair : le 1er septembre ne doit pas être seulement une date inscrite au calendrier scolaire. Il faut que les enseignements reprennent réellement et dans de bonnes conditions.

Une rentrée réussie suppose des écoles prêtes à accueillir les élèves, des enseignants présents et en mesure de travailler, un environnement scolaire sûr et des dispositions particulières pour les zones confrontées à des crises sanitaires, sécuritaires ou humanitaires.

Nous saluons la volonté exprimée au plus haut niveau de l’État de garantir l’effectivité de cette rentrée. Mais notre rôle, en tant que société civile, est aussi de vérifier comment les décisions prises se traduisent concrètement sur le terrain.

C’est donc à partir de la situation réelle dans les écoles et les provinces que nous pourrons apprécier l’effectivité de cette rentrée.

Le Chef de l’État a demandé au Gouvernement de prendre toutes les dispositions nécessaires. Quelles mesures devraient être visibles sur le terrain ?

Jacques TSHIMBALANGA : Pour nous, cette instruction doit maintenant se traduire par des mesures concrètes.

Les conditions doivent permettre aux enseignants de reprendre normalement les cours. Les écoles doivent disposer du minimum nécessaire pour accueillir les élèves. Les orientations relatives à la rentrée doivent également parvenir jusqu’aux provinces, aux sous-divisions et, surtout, aux établissements scolaires.

Dans les zones exposées à un risque sanitaire, les mesures de prévention doivent être effectivement mises en place avant l’accueil des élèves.

Ce que la société civile attend, c’est donc une cohérence entre les décisions prises au niveau national et ce que les élèves, les parents et les enseignants constateront dans leurs écoles.

Quelles sont aujourd’hui les principales préoccupations de la CONEPT/RDC ?

Jacques TSHIMBALANGA : Pour nous, trois préoccupations sont essentielles : l’accès à l’école, la qualité des apprentissages et la sécurité.

Premièrement, il ne suffit pas que les écoles ouvrent leurs portes. Il faut que tous les enfants puissent effectivement y accéder et y rester.

Nous sommes particulièrement attentifs aux charges supportées par les familles, à la disponibilité des enseignants, aux conditions d’apprentissage et à la situation des enfants les plus vulnérables : enfants vivant en milieu rural ou dans des zones de crise, enfants déplacés, enfants vivant avec handicap et tous ceux qui risquent d’être laissés de côté.

Deuxièmement, il y a la qualité. Une rentrée réussie ne se mesure pas seulement au nombre d’écoles ouvertes, mais aussi à la capacité du système à garantir de véritables apprentissages.

Enfin, il y a la sécurité. Pour nous, aucun enfant ne devrait avoir à choisir entre son droit à l’éducation et sa sécurité.

Comment concilier la reprise des cours et la protection des élèves et des enseignants dans les zones touchées ou menacées par Ebola ?

Jacques TSHIMBALANGA : Il ne faut pas opposer le droit à la santé au droit à l’éducation. Nous devons protéger les deux.

Là où les conditions sanitaires permettent l’enseignement en présentiel, les écoles doivent disposer de mesures de prévention adaptées : information des élèves, des enseignants et des familles, dispositifs d’hygiène, mécanismes d’alerte et procédures claires en cas de suspicion, en coordination avec les services de santé.

Dans les zones où le risque sanitaire ne permet pas d’accueillir les élèves en toute sécurité, l’enseignement à distance peut constituer une solution temporaire.

Mais les décisions doivent être adaptées au niveau réel de risque et pouvoir évoluer rapidement en fonction de la situation sanitaire.

Quelles mesures concrètes attendez-vous pour sécuriser les écoles ?

Jacques TSHIMBALANGA : Nous attendons d’abord des mesures simples, concrètes et applicables.

Les écoles concernées doivent disposer de dispositifs d’hygiène réellement disponibles et fonctionnels. Les élèves, les enseignants et les responsables d’établissement doivent savoir comment prévenir les risques et quelle conduite adopter en cas d’alerte.

Mais la sécurité ne repose pas uniquement sur les équipements. Il y a aussi une question essentielle de confiance.

Les parents doivent savoir quelles dispositions ont été prises pour protéger leurs enfants. Cela suppose une communication régulière, claire et transparente de la part des autorités.

Comment la CONEPT/RDC accueille-t-elle l’annonce de l’enseignement à distance dans les 18 sous-divisions à haut risque ?

Jacques TSHIMBALANGA : Le principe de continuité pédagogique nous paraît essentiel. Lorsqu’une situation sanitaire empêche temporairement les enfants de fréquenter l’école, nous devons trouver les moyens de maintenir leur accès à l’éducation.

L’enseignement à distance peut donc constituer une réponse pertinente. Mais tout dépendra de sa mise en œuvre.

Il faudra savoir précisément quels enfants sont concernés, comment ils recevront les supports pédagogiques, quelles radios seront mobilisées, comment les enseignants continueront à les accompagner et comment leurs apprentissages seront suivis.

Pour la CONEPT/RDC, la véritable question est simple : est-ce que chaque enfant concerné aura réellement accès au dispositif annoncé ?

C’est sur cette base que nous devrons juger son efficacité.

Comment s’assurer que les enfants apprennent réellement à distance ?

Jacques TSHIMBALANGA : C’est précisément l’un des principaux défis.

Il faut distinguer la diffusion d’un contenu de l’apprentissage. Diffuser une émission à la radio ou remettre une fiche pédagogique à un enfant ne signifie pas automatiquement qu’il apprend.

L’enseignant doit donc rester au cœur du dispositif. Il faut prévoir des exercices, un accompagnement, des corrections et un mécanisme permettant de maintenir le contact avec les élèves.

Les parents doivent également recevoir des indications simples pour accompagner leurs enfants, sans pour autant leur demander de remplacer les enseignants.

Et lorsque les cours en présentiel reprendront, il sera important d’évaluer les acquis des élèves afin d’identifier les éventuelles pertes d’apprentissage et d’organiser, si nécessaire, des activités de rattrapage.

Quelles garanties demandez-vous pour que ces élèves ne soient pas pénalisés ?

Jacques TSHIMBALANGA : Notre position est très claire : aucun enfant ne doit être pénalisé parce qu’il vit dans une zone confrontée à une épidémie ou à une autre crise.

Les enfants concernés doivent bénéficier des mêmes possibilités de progression scolaire que les autres.

Cela peut nécessiter d’adapter certaines modalités d’évaluation, d’organiser des activités de rattrapage et, surtout, de tenir compte des difficultés réelles rencontrées par les élèves qui n’auront pas pu accéder régulièrement à l’enseignement à distance.

Nous attendons également du ministère un suivi précis de ces élèves afin d’éviter que la crise sanitaire ne se transforme en pertes d’apprentissage, voire en abandons scolaires.

Quel rôle peuvent jouer les parents, les communautés et les organisations de la société civile ?

Jacques TSHIMBALANGA : Leur rôle est essentiel.

Les parents doivent être informés et associés aux mesures prises, particulièrement lorsque leurs enfants doivent apprendre à domicile.

Les communautés peuvent aider à identifier les enfants qui risquent d’être exclus du dispositif, faciliter la circulation de l’information et soutenir les mécanismes locaux de continuité pédagogique.

Quant à la société civile, son rôle est de suivre, d’alerter, mais aussi de proposer.

Notre responsabilité est de documenter ce qui fonctionne, d’identifier les difficultés rencontrées par les familles et les écoles et de porter ces préoccupations auprès des autorités afin que des réponses puissent être apportées rapidement.

La CONEPT/RDC envisage-t-elle un suivi citoyen de cette rentrée ?

Jacques TSHIMBALANGA : Le suivi citoyen est particulièrement pertinent dans un contexte comme celui-ci.

Il ne s’agit pas de nous substituer au ministère. Notre rôle est d’apporter un regard complémentaire à partir de ce que vivent réellement les élèves, les enseignants, les parents et les communautés.

Nous devons notamment être attentifs à l’ouverture effective des écoles, à la présence des enseignants, aux conditions de sécurité, à l’accès à l’enseignement à distance et à la situation des enfants les plus vulnérables.

Lorsque des difficultés sont constatées, elles doivent être documentées et portées rapidement à l’attention des autorités compétentes.

L’objectif n’est pas simplement de constater les problèmes. Le suivi citoyen doit contribuer à leur résolution et à l’amélioration de la réponse éducative.

Quelles seraient vos trois recommandations prioritaires au Gouvernement ?

Jacques TSHIMBALANGA : Je formulerais trois recommandations.

Premièrement, garantir une rentrée réellement effective et équitable sur l’ensemble du territoire, avec une attention particulière aux enfants vivant dans les zones de crise et aux plus vulnérables.

Deuxièmement, mettre en place un dispositif rigoureux de continuité pédagogique dans les zones affectées par Ebola, accompagné d’un système permettant de savoir combien d’enfants sont réellement couverts et dans quelles conditions ils poursuivent leurs apprentissages.

Troisièmement, renforcer le dialogue avec les enseignants, les parents, les communautés et les organisations de la société civile.

La réussite de cette rentrée est une responsabilité collective. Elle exige que les acteurs disposent d’une information claire, que les difficultés soient rapidement remontées et que des réponses puissent être apportées sans attendre.

Quel message souhaitez-vous adresser aux parents, aux enseignants et aux élèves ?

Jacques TSHIMBALANGA : Aux parents, nous voulons dire : restez mobilisés aux côtés de vos enfants et de l’école. Votre implication est essentielle, particulièrement dans cette période.

Aux enseignants, nous voulons reconnaître le rôle déterminant qu’ils jouent. Leur engagement sera essentiel pour assurer la continuité des apprentissages, parfois dans des conditions particulièrement difficiles.

Aux élèves, nous voulons rappeler une chose fondamentale : leur droit à l’éducation doit être protégé quelles que soient les circonstances.

Et aux autorités, nous lançons un appel à une vigilance particulière durant les premières semaines de cette rentrée.

Car, finalement, une rentrée réussie ne se mesure pas seulement au nombre d’écoles qui ouvrent leurs portes le 1er septembre. Elle se mesure au nombre d’enfants qui peuvent réellement reprendre leurs apprentissages, en sécurité, sans discrimination et sans qu’aucun enfant ne soit laissé de côté.

 

Propos de Jacques TSHIMBALANGA, Coordonnateur national de la CONEPT/RDC, recueillis par Fleurisse KATAMBA BOOTO KASHINI.

 

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