Coalition Nationale de l’Education Pour Tous
CONEPT RDC
DÉCLARATION DE LA CONEPT/RDC SUR LA SITUATION
DES ÉTABLISSEMENTS D’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET
UNIVERSITAIRE DANS LES ZONES AFFECTÉES PAR LE CONFLIT AU
NORD-KIVU ET AU SUD-KIVU
La CONEPT/RDC appelle à protéger les universités, à préserver leur caractère civil et à garantir la continuité du droit à l’éducation
La Coalition Nationale de l’Éducation Pour Tous en République Démocratique du Congo (CONEPT/RDC)
suit avec une vive préoccupation l’évolution de la situation des établissements d’enseignement supérieur et universitaire situés dans les zones affectées par le conflit au Nord-Kivu et au Sud-Kivu.
Les informations faisant état de nominations d’autorités académiques par l’AFC/M23 dans certains établissements publics, ainsi que la décision subséquente du Gouvernement de suspendre temporairement les activités académiques et para-académiques dans plusieurs établissements de Goma et de Bukavu, soulèvent des préoccupations majeures quant à la protection du droit à l’éducation, à l’intégrité des institutions académiques et à l’avenir de milliers de jeunes Congolais.
Pour la CONEPT/RDC, cette situation doit être examinée au-delà des seules considérations politiques et sécuritaires. Elle pose une question fondamentale : comment préserver l’autorité de l’État et protéger les institutions académiques contre toute instrumentalisation liée au conflit, sans priver les étudiants de leur droit à apprendre, à se former et à construire leur avenir ?
1. Les établissements d’enseignement ne doivent pas devenir des instruments du conflit
La CONEPT/RDC rappelle que les écoles, instituts supérieurs et universités sont avant tout des espaces civils consacrés à l’éducation, à la formation, à la recherche et à la construction de l’avenir des jeunes.
À ce titre, leur fonctionnement, leur personnel, leurs infrastructures et leur gouvernance doivent être préservés, autant que possible, des dynamiques militaires et politiques liées aux conflits armés.
La CONEPT/RDC considère avec une particulière préoccupation toute intervention d’un groupe armé dans la nomination ou le remplacement des autorités académiques des établissements publics.
De telles pratiques sont susceptibles de porter atteinte à l’autonomie et à l’intégrité des institutions académiques, de fragiliser la reconnaissance des actes administratifs et académiques, d’exposer les enseignants, les étudiants et les personnels à des pressions et de créer, à terme, une fragmentation du système national d’enseignement supérieur.
Une prise de contrôle territorial ne devrait pas conduire à une prise de contrôle des institutions éducatives.
La CONEPT/RDC appelle par conséquent toutes les parties au conflit à respecter le caractère civil des établissements d’enseignement et à s’abstenir de toute action susceptible de les transformer en instruments d’autorité politique ou militaire
2. La protection de l’autorité de l’État ne doit pas conduire à sacrifier le droit des étudiants à l’éducation
La CONEPT/RDC reconnaît la responsabilité constitutionnelle et institutionnelle de l’État congolais dans l’organisation, la réglementation, la certification et la garantie de la qualité de l’enseignement supérieur et universitaire.
Elle comprend également les préoccupations liées à la nécessité de préserver l’intégrité du système national d’enseignement supérieur et la légitimité des autorités académiques.
Cependant, toute mesure de suspension des activités académiques, même lorsqu’elle est justifiée par des impératifs de sécurité et de protection de l’intégrité institutionnelle, doit demeurer exceptionnelle, temporaire, proportionnée et accompagnée de solutions effectives de continuité académique.
La CONEPT/RDC estime qu’il faut éviter que les étudiants deviennent les victimes collatérales d’une situation dont ils ne sont pas responsables.
La question centrale ne doit donc pas être uniquement de savoir s’il faut suspendre ou maintenir les activités académiques.
Elle doit également être : Quelles dispositions concrètes sont mises en place pour qu’aucun étudiant du Nord-Kivu ou du SudKivu ne perde son parcours académique en raison du conflit ?
3. Une attention particulière doit être accordée aux étudiants qui ne peuvent pas se déplacer
La CONEPT/RDC prend acte des dispositions annoncées en faveur de l’accueil, dans les établissements situés hors des zones affectées, des étudiants provenant des institutions concernées.
Cette possibilité constitue une mesure importante de continuité académique.
Elle ne peut cependant constituer, à elle seule, une réponse suffisante.
Tous les étudiants ne disposent pas des mêmes ressources pour quitter Goma, Bukavu ou d’autres zones affectées.
Les coûts du transport, du logement, de la restauration, des frais académiques et de la réinstallation peuvent rendre le transfert matériellement impossible pour les étudiants issus des familles les plus vulnérables.
Une solution qui ne serait accessible qu’aux étudiants disposant des moyens financiers nécessaires risquerait ainsi de transformer une crise sécuritaire en facteur supplémentaire d’inégalités éducatives.
La CONEPT/RDC appelle donc à la mise en place de mesures particulières d’accompagnement pour les étudiants vulnérables, les étudiants déplacés, les finalistes, les personnes vivant avec handicap et tous ceux dont les conditions économiques ne permettent pas une mobilité académique.
4. Protéger aujourd’hui les étudiants, c’est préserver les capacités futures de reconstruction du pays
L’interruption prolongée des études comporte des conséquences qui dépassent largement l’année académique en cours.
Elle peut favoriser le décrochage, aggraver la précarité économique des jeunes et de leurs familles, retarder l’entrée dans la vie professionnelle et accroître la vulnérabilité de certains jeunes aux différentes formes d’exploitation, de manipulation et de recrutement dans un environnement marqué par l’insécurité Elle risque également d’affaiblir le capital humain dont le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et l’ensemble de la République Démocratique du Congo auront besoin pour leur reconstruction.
Les étudiants actuellement inscrits dans les universités et instituts supérieurs sont les futurs enseignants, médecins, chercheurs, ingénieurs, entrepreneurs, administrateurs et cadres appelés à participer au développement et à la reconstruction des communautés affectées par le conflit.
Préserver leur éducation aujourd’hui, c’est préserver les capacités de reconstruction de demain.
5. La Déclaration sur la sécurité dans les écoles doit guider l’action
La République Démocratique du Congo a endossé la Déclaration sur la sécurité dans les écoles, instrument international qui encourage notamment la protection des écoles et des universités, des élèves, des étudiants et du personnel éducatif contre les conséquences des conflits armés.
Dans cet esprit, la CONEPT/RDC rappelle que la protection de l’éducation en situation de conflit ne consiste pas uniquement à protéger les bâtiments. Elle implique également de préserver la continuité des apprentissages, la sécurité des apprenants et des personnels, ainsi que le caractère civil des établissements d’enseignement.
La situation actuelle constitue dès lors une occasion de renforcer la mise en œuvre effective des engagements pris par la RDC en faveur de la protection de l’éducation contre les effets des conflits.
APPEL ET RECOMMANDATIONS DE LA CONEPT/RDC
Face à cette situation, la Coalition Nationale de l’Éducation Pour Tous en République Démocratique du Congo formule les recommandations suivantes :
1. Au Gouvernement de la République
Mettre en place, dans les meilleurs délais, un dispositif exceptionnel et transparent de continuité académique pour tous les étudiants affectés, en veillant particulièrement à ceux qui ne disposent pas des moyens de se déplacer.
Ce dispositif devrait notamment prévoir la facilitation des transferts, la reconnaissance des crédits et acquis académiques, des dispositions spécifiques pour les finalistes, la protection et la numérisation des dossiers académiques ainsi que, lorsque les conditions le permettent, des solutions d’enseignement à distance ou hybrides.
2. Au ministère en charge de l’Enseignement supérieur et universitaire
Organiser un mécanisme régulier d’évaluation de la mesure de suspension afin qu’elle ne se transforme pas en interruption indéfinie des études.
La CONEPT/RDC recommande également la publication d’informations claires à l’intention des étudiants et de leurs familles concernant les transferts, les inscriptions, la reconnaissance des parcours, les examens et les conditions éventuelles de reprise.
3. À l’AFC/M23 et à toutes les parties armées
Respecter le caractère civil des écoles, instituts supérieurs et universités et s’abstenir de toute action susceptible d’instrumentaliser les institutions éducatives, leurs personnels ou leurs étudiants à des fins politiques ou militaires
La CONEPT/RDC appelle particulièrement à préserver les établissements d’enseignement de toute forme d’ingérence liée au conflit et à garantir la sécurité des étudiants, enseignants, chercheurs et personnels administratifs.
4. Aux acteurs engagés dans les processus de paix et de médiation
Intégrer explicitement la protection et la continuité de l’éducation parmi les questions devant être préservées dans les discussions relatives aux mesures humanitaires et de protection des populations civiles.
L’éducation ne doit pas attendre la fin du conflit pour être protégée.
5. Aux étudiants, enseignants et communautés estudiantine
La CONEPT/RDC appelle à préserver le caractère pacifique des institutions académiques et encourage les étudiants, enseignants et responsables académiques à documenter les difficultés auxquelles ils sont confrontés et à participer aux mécanismes de consultation sur les solutions de continuité académique.
« Même en temps de guerre, le droit d’apprendre doit être protégé».
Fait à Kinshasa, le 30 août 2026
Pour la CONEPT RDC.
Jacques TSHIMBALANGA KASANJI.
Coordonnateur National de CONEPT RDC
Team Leader/Education du Cadre de Concertation National de la Société Civile.
Tél : +243991390284
E-mail : coneptrdc2017@gmail.com
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