FORMATION SYNDICALE : AU TANGANYIKA, DES RESPONSABLES PROVINCIAUX QUESTIONNENT LES CONDITIONS DE DÉPLOIEMENT DES MISSIONS
Financées sur fonds du Trésor public, les missions de formation syndicale déployées depuis une semaine dans plusieurs provinces suscitent des interrogations au sein de l’Intersyndicale de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté du Tanganyika.
La formation syndicale est, en principe, un levier essentiel pour renforcer les capacités des représentants des travailleurs et leur permettre de mieux maîtriser leurs droits, leurs devoirs et les mécanismes du dialogue social. Mais sur le terrain, la manière dont certaines missions sont organisées commence à faire débat.
Au Tanganyika, le PROSEC du SYNECAT et président-port-parole de l’Intersyndicale de l’EDU-NC, Bruno Jibikilay, monte au créneau. Dans une prise de position rendue publique, il dit saluer le principe même de ces formations, tout en dénonçant ce qu’il considère comme des incohérences dans leur organisation au niveau provincial.
Des charges logistiques qui interrogent
Au cœur de la controverse : la prise en charge matérielle des activités.
Selon le responsable syndical, les équipes envoyées dans les provinces disposent de moyens issus du Trésor public, alors que les structures syndicales provinciales, qui fonctionneraient avec des ressources limitées, seraient parfois amenées à supporter une partie des dépenses liées à l’accueil et à l’organisation des sessions.
Location de salles, transport des participants, pause-café, repas et autres frais logistiques figurent parmi les charges évoquées.
Pour Bruno Jibikilay, la question est moins celle du principe de la formation que celle de la cohérence dans son financement et son exécution.
« Pourquoi les moyens destinés à une mission nationale de formation syndicale ne permettent-ils pas de couvrir également les besoins logistiques élémentaires de cette même mission dans les provinces ? », s’interroge-t-il.
Une interrogation qui renvoie plus largement à la place accordée aux structures provinciales dans la mise en œuvre des politiques et activités syndicales.
L’expertise des formateurs également mise en question
Autre sujet soulevé : le profil de certains formateurs.
Le responsable de l’Intersyndicale du Tanganyika estime qu’une formation destinée à des responsables syndicaux devrait être assurée par des personnes disposant d’une solide maîtrise du syndicalisme, de la législation du travail, des relations professionnelles et du dialogue social.
Or, affirme-t-il, certains profils déployés dans le cadre de ces missions ne présenteraient pas, dans certains cas, le niveau d’expertise attendu.
Une appréciation qui appelle nécessairement des éclaircissements de la part des organisateurs, notamment sur les critères ayant présidé à la sélection des formateurs et sur le contenu des modules proposés.
Quelle place pour les provinces ?
Derrière ces revendications matérielles et pédagogiques se dessine une préoccupation plus profonde : celle de la participation des structures syndicales provinciales.
Pour Bruno Jibikilay, les responsables locaux ne devraient pas être réduits au rôle d’exécutants lorsqu’il s’agit d’activités qui concernent directement les travailleurs de leurs provinces.
Ces responsables, insiste-t-il, sont au contact quotidien des enseignants et connaissent les réalités auxquelles ceux-ci sont confrontés. Leur implication dans la conception et l’organisation des activités syndicales pourrait, selon cette lecture, permettre de mieux adapter les formations aux réalités du terrain.
La question dépasse ainsi la seule organisation matérielle d’un séminaire. Elle touche au fonctionnement du dialogue social et à la reconnaissance du rôle des organisations syndicales à différents niveaux.
Une interpellation plutôt qu’un rejet
Malgré le ton ferme de la déclaration, le responsable syndical se défend de vouloir s’opposer aux missions de formation.
Il affirme au contraire accueillir les formateurs « avec fraternité » et souhaite que les prochaines activités soient organisées dans un esprit davantage participatif, avec une implication plus importante des responsables provinciaux.
Son message se veut donc autant une interpellation des autorités qu’un appel à la concertation au sein même du mouvement syndical.
Reste désormais à savoir si ces préoccupations trouveront un écho auprès des autorités nationales de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté et des responsables chargés de la mise en œuvre de ces missions.
Car derrière la question des salles, du transport ou des pauses se pose une interrogation plus large : peut-on renforcer durablement le mouvement syndical sans renforcer, en même temps, les structures qui le portent au plus près des travailleurs ?
C’est sur ce terrain que se joue désormais une partie du débat au Tanganyika.
FLEURISSE KATAMBA BOOTO KASHINI
☎️0832393795
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