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FORMATION INITIALE DES ENSEIGNANTS DU SECONDAIRE EN RDC : DU DIAGNOSTIC DES ISP À L’ÉLABORATION D’UNE STRATÉGIE NATIONALE

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FORMATION INITIALE DES ENSEIGNANTS DU SECONDAIRE EN RDC : DU DIAGNOSTIC DES ISP À L’ÉLABORATION D’UNE STRATÉGIE NATIONALE

Un rapport consacré à la formation initiale des enseignants du secondaire met en évidence plusieurs fragilités qui affectent les Instituts Supérieurs Pédagogiques (ISP) en République démocratique du Congo. Dans le prolongement de ce diagnostic, le Gouvernement a engagé le processus devant conduire à l’élaboration d’une stratégie nationale de formation initiale des enseignants du secondaire. À Mbanza-Ngungu, au Kongo Central, experts, représentants des pouvoirs publics et de la société civile participent à un atelier de cadrage destiné à poser les bases de l’élaboration de ce nouvel instrument stratégique.

Mbanza-Ngungu, Kongo Central — On peut réformer les programmes, améliorer les infrastructures scolaires et introduire de nouveaux outils pédagogiques. Mais la qualité de l’école dépend aussi, et surtout, de celles et ceux qui enseignent. Dès lors, une question devient incontournable : comment la République démocratique du Congo prépare-t-elle aujourd’hui les enseignants qui auront, demain, la responsabilité de faire apprendre les élèves du secondaire ?

Un récent rapport intitulé « Évaluation approfondie de la formation initiale des enseignants du secondaire dans les ISP de la RDC » apporte des éléments de réponse. Son diagnostic met en lumière des acquis, mais aussi des fragilités structurelles qui interrogent l’organisation même du dispositif de formation.

Réalisée dans le cadre du Projet d’Apprentissage et d’Autonomisation des Filles (PAAF), avec l’appui de la Banque mondiale, l’étude s’est intéressée à la capacité des ISP à former des enseignants répondant aux exigences de qualité, d’équité et de performance du système éducatif. Elle examine notamment la professionnalisation de la formation, la gouvernance, le financement, la mise en œuvre de la réforme Licence-Master-Doctorat (LMD), le genre ainsi que la répartition territoriale de l’offre de formation.

Pour établir ce diagnostic, l’étude a combiné revue documentaire, analyse institutionnelle, questionnaires auprès des gestionnaires, des enseignants et des étudiants, visites de terrain, groupes de discussion, entretiens, analyses SWOT et cartographie territoriale.

DES ISP AU CŒUR DU DISPOSITIF, MAIS UNE OFFRE INÉGALEMENT RÉPARTIE

Le rapport montre d’abord que les ISP occupent une place centrale dans la formation initiale des enseignants du secondaire en RDC. Leur implantation sur le territoire et l’engagement des acteurs académiques constituent une base importante sur laquelle peut s’appuyer toute réforme future.

Mais cette présence institutionnelle masque d’importantes disparités.

L’étude relève une répartition géographique déséquilibrée des établissements. Certaines provinces disposent d’une concentration importante d’ISP, tandis que d’autres restent insuffisamment desservies. Au-delà de l’accès aux établissements, cette situation pose une question stratégique : la RDC forme-t-elle ses futurs enseignants là où son système éducatif en aura effectivement besoin ?

Le constat renvoie ainsi à la nécessité de mieux articuler la carte de la formation avec les besoins présents et futurs en enseignants du secondaire.

La gouvernance constitue un autre point d’attention. Si les structures administratives prévues existent, le rapport relève des insuffisances dans le pilotage stratégique, l’assurance qualité, la gestion axée sur les résultats et les systèmes d’information.

À ces difficultés s’ajoute la fragilité du financement. Les ISP restent fortement dépendants des frais académiques acquittés par les étudiants, tandis que les financements publics demeurent limités. Les conséquences se font notamment sentir sur les infrastructures pédagogiques, les laboratoires, les bibliothèques, les équipements numériques et les moyens consacrés à la recherche.

LE STAGE PÉDAGOGIQUE, UN MAILLON SENSIBLE DE LA FORMATION

C’est probablement sur la préparation à l’exercice concret du métier que le diagnostic prend toute sa portée.

Selon le rapport, la formation dispensée dans les ISP offre une base théorique, mais sa dimension professionnelle reste à renforcer. Les stages pédagogiques sont notamment confrontés à des difficultés de durée et d’encadrement, tandis que l’articulation entre les apprentissages théoriques et la pratique du métier reste à consolider.

Autrement dit, le défi n’est pas seulement de transmettre des connaissances aux futurs enseignants. Il s’agit aussi de les préparer réellement à enseigner : conduire une classe, mettre en œuvre des démarches pédagogiques adaptées et transformer les connaissances acquises en apprentissages pour les élèves.

La mise en œuvre de la réforme LMD présente, elle aussi, des défis. Le rapport souligne notamment la nécessité d’actualiser les curricula, de renforcer l’appropriation de l’approche par compétences et d’améliorer les mécanismes d’évaluation des acquis.

La recherche constitue un autre enjeu. L’étude appelle à renforcer la recherche appliquée, l’innovation pédagogique, la production et la diffusion des connaissances ainsi que le service à la communauté.

Pris ensemble, ces constats font ressortir une exigence majeure : améliorer la formation initiale des enseignants du secondaire ne peut se limiter à la révision des programmes. C’est l’ensemble de la chaîne de formation qui doit être interrogé.

ONZE RECOMMANDATIONS, QUELQUES PRIORITÉS DÉCISIVES

Le rapport formule onze axes stratégiques. Derrière leur diversité se dégagent plusieurs priorités majeures.

La première consiste à mieux planifier la formation des enseignants en fonction des besoins du système éducatif et des réalités territoriales. La deuxième touche directement à la professionnalisation : renforcer les stages, améliorer l’articulation entre théorie et pratique et mieux préparer les futurs enseignants aux réalités de la classe.

Une troisième priorité concerne la gouvernance et le financement des ISP. Sans ressources suffisantes, sans assurance qualité et sans capacités solides de pilotage, les transformations pédagogiques risquent de rester limitées.

Le rapport préconise également la consolidation de la réforme LMD et de l’approche par compétences, le développement de la recherche appliquée et de l’innovation pédagogique, la promotion du genre, de l’équité et de l’inclusion, la réduction des déséquilibres territoriaux ainsi que l’accélération de la transformation numérique.

Mais une orientation apparaît particulièrement stratégique : le renforcement de la gouvernance intersectorielle de la formation initiale des enseignants. Car les institutions qui forment les enseignants et le système scolaire qui les emploie appartiennent à des espaces institutionnels distincts qui doivent pourtant répondre à une même exigence : disposer d’enseignants suffisamment nombreux et correctement préparés.

À MBANZA-NGUNGU, PASSER DU DIAGNOSTIC À LA STRATÉGIE

C’est précisément à cette articulation que se situe le processus engagé par le Gouvernement.

Dans le prolongement du diagnostic, la République démocratique du Congo a lancé le processus devant conduire à l’élaboration d’une Stratégie nationale de formation initiale des enseignants du secondaire.

Le chantier associe les deux ministères directement concernés : le ministère de l’Enseignement Supérieur, Universitaire, Recherche Scientifique et Innovations (ESURSI) et le ministère de l’Éducation Nationale et Nouvelle Citoyenneté (EDU-NC), avec l’appui du Projet d’Apprentissage et d’Autonomisation des Filles (PAAF).

C’est dans ce cadre que des experts sont réunis à Mbanza-Ngungu, dans la province du Kongo Central, pour un atelier de cadrage. Les travaux doivent permettre de préciser les orientations, le périmètre, les priorités ainsi que la démarche méthodologique qui guidera l’élaboration de la future stratégie.

L’enjeu ne se limite pas à produire un nouveau document stratégique. Il s’agit de construire un cadre national capable d’organiser de manière cohérente la formation initiale des enseignants du secondaire : identifier les besoins, définir les compétences attendues, organiser la préparation au métier, améliorer la qualité de la formation et préciser les responsabilités des différentes institutions concernées.

À cela s’ajoutent deux questions déterminantes : comment financer durablement cette formation et comment suivre les résultats de la stratégie une fois celle-ci mise en œuvre ?

La future stratégie devra par ailleurs s’inscrire dans le cadre plus large de la politique éducative nationale et s’aligner sur la Stratégie sectorielle intérimaire de l’Éducation et de la Formation.

LA SOCIÉTÉ CIVILE ASSOCIÉE AU PROCESSUS

La réflexion engagée à Mbanza-Ngungu ne mobilise pas uniquement les administrations publiques et les experts. La société civile éducative participe également au processus, notamment à travers la Coalition Nationale de l’Éducation Pour Tous (CONEPT RDC).

Cette participation vise notamment à faire entendre les préoccupations liées à la qualité de l’enseignement, à l’équité, à la redevabilité, aux réalités territoriales et aux attentes des communautés éducatives.

Elle rappelle aussi qu’une stratégie de formation des enseignants ne relève pas uniquement des établissements qui les forment ou des administrations qui les recrutent. Ses effets se feront, à terme, sentir dans les écoles et les salles de classe.

Derrière les discussions techniques apparaît donc une question de fond : quel profil d’enseignant du secondaire la RDC veut-elle former pour répondre aux besoins actuels et futurs de son système éducatif ?

LE VÉRITABLE TEST VIENDRA APRÈS LA STRATÉGIE

Le rapport aura permis de documenter les forces et les fragilités du dispositif actuel. L’atelier de Mbanza-Ngungu ouvre désormais une autre séquence : celle de la construction d’une réponse stratégique.

Mais entre le diagnostic, l’adoption d’une stratégie et la transformation effective de la formation, le chemin reste important.

La future stratégie devra notamment parvenir à rapprocher les formations des compétences réellement attendues dans les salles de classe, renforcer les stages pédagogiques et les capacités des formateurs, mieux intégrer le numérique et la recherche, améliorer le financement et établir une relation plus cohérente entre les besoins du système scolaire et la formation des futurs enseignants.

À Mbanza-Ngungu, l’atelier de cadrage marque ainsi une première étape d’un chantier appelé à se poursuivre au-delà de ces travaux. Le véritable test viendra ensuite : la capacité à transformer les orientations retenues en changements perceptibles dans les ISP et, à terme, dans les salles de classe.

Car derrière les débats sur les curricula, le LMD, le financement, la gouvernance ou les stages se joue finalement une question beaucoup plus concrète : comment préparer aujourd’hui l’enseignant qui, demain, devra faire apprendre les élèves congolais ?

       Rédaction - COJSE

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