ÉDUCATION INCLUSIVE EN RDC : ENTRE DROIT RECONNU ET RÉALITÉS ENCORE DIFFICILES SUR LE TERRAIN
Malgré les avancées du cadre légal, l’accès à une éducation véritablement inclusive reste confronté à de nombreux obstacles. Infrastructures inadaptées, manque de matériel spécialisé, formation des enseignants et persistance des discriminations continuent de fragiliser la scolarisation des enfants en situation de handicap.
En République démocratique du Congo, le principe du droit à l’éducation est reconnu à tous les enfants. Mais dans les faits, l’accès à l’école et surtout le maintien dans le système éducatif restent difficiles pour de nombreux enfants en situation de handicap.
Entre les textes qui consacrent le droit à l’éducation et les réalités vécues dans les établissements scolaires, un écart persiste. Pour ces enfants, aller à l’école ne signifie pas toujours pouvoir apprendre dans des conditions adaptées, participer pleinement aux activités scolaires ou poursuivre normalement leur parcours.
C’est cette réalité qui a été au cœur d’une édition de Focus Educ, consacrée au thème : « Éducation inclusive en RDC : entre droit reconnu et réalités sur le terrain ». Invitée de l’émission, Chantal Kalala Mujinga, chargée de la communication et du plaidoyer au sein de la CONEPT-RDC, a abordé les principaux défis qui se posent aujourd’hui à l’inclusion scolaire.
UN DROIT RECONNU, UNE RÉALITÉ ENCORE À CONSTRUIRE
Le cadre légal congolais reconnaît le droit à l’éducation et le principe d’égalité des chances. Les enfants en situation de handicap ne devraient donc pas être exclus du système éducatif en raison de leur condition.
Mais la reconnaissance juridique ne suffit pas.
Sur le terrain, plusieurs barrières peuvent encore empêcher un enfant d’accéder à l’école ou d’y rester : bâtiments difficilement accessibles, absence d’aménagements appropriés, manque de matériel pédagogique adapté, insuffisance de personnel formé ou encore difficultés économiques auxquelles sont confrontées certaines familles.
À cela s’ajoutent les préjugés et la stigmatisation qui peuvent contribuer à éloigner les enfants en situation de handicap du milieu scolaire.
L’INCLUSION NE SE LIMITE PAS À OUVRIR LES PORTES DE L’ÉCOLE
Accueillir un enfant handicapé dans une classe ne signifie pas automatiquement que l’éducation est inclusive.
L’inclusion suppose que l’enfant puisse réellement participer aux apprentissages et à la vie scolaire. Elle exige donc un environnement adapté à la diversité des besoins.
Un élève malvoyant peut avoir besoin d'outils spécifiques. Un enfant à mobilité réduite peut nécessiter des infrastructures accessibles. Un élève sourd peut avoir besoin de dispositifs permettant une communication adaptée.
Derrière ces situations différentes se trouve une même exigence : adapter l’école à l’enfant et non demander à l’enfant de s’adapter seul à une école qui ne répond pas à ses besoins.
LA FORMATION DES ENSEIGNANTS, UN MAILLON ESSENTIEL
L’éducation inclusive se joue également dans la salle de classe.
L’enseignant occupe une place centrale dans l’accompagnement des apprenants en situation de handicap. Encore faut-il qu’il dispose des connaissances, des outils et de la formation nécessaires pour répondre à leurs besoins spécifiques.
La question de la formation initiale et continue des enseignants apparaît ainsi comme un élément important dans la réussite de l’inclusion.
Car sans enseignants suffisamment préparés, sans matériel approprié et sans accompagnement institutionnel, le risque est grand de réduire l’inclusion à une simple présence physique de l’enfant dans l’établissement.
LES FILLES HANDICAPÉES, UN EXEMPLE D’UNE VULNÉRABILITÉ QUI SE CUMULE
Au cours de l’émission, Chantal KALALA Mujinga a également attiré l’attention sur une dimension particulière de cette problématique : la situation des filles en situation de handicap.
Elle souligne que ces dernières peuvent être confrontées à une double discrimination, liée à la fois au handicap et au fait d’être une fille.
Elle évoque notamment les difficultés que certaines peuvent rencontrer pendant leurs menstruations lorsque les conditions d’hygiène, les infrastructures sanitaires ou l’accompagnement nécessaire ne permettent pas leur présence régulière à l’école.
À travers cet exemple, la responsable de la communication et du plaidoyer de la CONEPT-RDC rappelle surtout que l’éducation inclusive doit tenir compte de la diversité des situations et des besoins des enfants.
Inclure, c’est donc aussi identifier les obstacles particuliers qui peuvent affecter certains groupes et leur apporter des réponses adaptées.
AU-DELÀ DES INFRASTRUCTURES, CHANGER AUSSI LES REGARDS
La réussite de l’éducation inclusive ne dépend toutefois pas uniquement des moyens matériels.
Le regard porté sur le handicap constitue également un enjeu majeur. Dans certaines communautés, les préjugés peuvent encore contribuer à marginaliser les enfants concernés ou à faire douter de leurs capacités à apprendre et à réussir.
La sensibilisation des familles, des enseignants, des élèves et de l’ensemble de la communauté reste dès lors indispensable.
L’enfant en situation de handicap ne doit pas être perçu uniquement à travers sa limitation. Il est avant tout un enfant, un apprenant et un citoyen titulaire de droits.
UNE RESPONSABILITÉ QUI CONCERNE TOUT LE SYSTÈME ÉDUCATIF
Faire progresser l’éducation inclusive nécessite l’implication de plusieurs acteurs.
Les pouvoirs publics doivent renforcer les infrastructures accessibles, soutenir la disponibilité du matériel adapté, améliorer la formation des enseignants et assurer le suivi des politiques mises en œuvre.
Les établissements scolaires doivent créer des environnements capables d'accueillir tous les apprenants.
Les familles et les communautés ont également un rôle important à jouer dans la sensibilisation et le maintien des enfants à l’école.
Quant aux organisations de la société civile, elles peuvent contribuer au plaidoyer, au suivi des engagements et à la remontée des réalités vécues par les communautés.
C’est dans cette dynamique que s’inscrit l’action de la CONEPT-RDC, qui entend notamment contribuer aux réflexions et au plaidoyer en faveur d’un système éducatif plus équitable et inclusif.
DU DROIT RECONNU AU DROIT RÉELLEMENT EXERCÉ
Le débat sur l’éducation inclusive en RDC ne devrait donc plus s’arrêter à la reconnaissance du principe.
La véritable question est de savoir ce qui se passe une fois que l’enfant arrive devant la porte de l’école.
Peut-il y entrer ? Peut-il circuler librement ? Dispose-t-il des outils nécessaires pour apprendre ? L’enseignant est-il préparé à répondre à ses besoins ? Sa famille est-elle accompagnée ? Peut-il rester à l’école sans subir de discrimination ?
C’est à ces réalités concrètes que se mesure l’effectivité du droit à l’éducation.
L’éducation inclusive ne doit pas être une promesse inscrite dans les textes, mais une réalité visible dans les écoles.
Une école véritablement inclusive est celle qui ne demande pas à l’enfant en situation de handicap de prouver qu’il mérite sa place, mais qui s’organise pour lui permettre de l’occuper pleinement.
Le défi pour la RDC n’est donc plus seulement de proclamer l’éducation pour tous. Il est de faire en sorte que, dans chaque école, le mot « tous » signifie réellement tous.
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