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Kongo-Central : le retour des institutions fantômes

La scène qui se joue actuellement à Matadi a des allures de pièce tragique dont le public connaît déjà la fin. La crise ouverte à l'Assemblée provinciale du Kongo-Central, marquée par la coexistence de deux bureaux concurrents, n'est pas une simple querelle de personnes. Elle est le symptôme, désormais chronique, d'une institution en état de mort cérébrale.

Comment comprendre, en effet, que le citoyen lambda puisse encore se fier à ses représentants lorsque le droit et les faits se contredisent aussi ouvertement ? La Cour constitutionnelle, dans un arrêt rendu le 7 mai dernier, a ordonné la réhabilitation immédiate de Papy Mantezolo à la tête de l'organe délibérant. Dans la logique du plus haut juge du pays, le bureau dirigé par Victor Nsuami est juridiquement inexistant. Pourtant, c'est bien ce même Victor Nsuami qui a été officiellement invité et reconnu comme président de l'Assemblée provinciale à la conférence des gouverneurs de Bandundu. Une invitation qui consacre une légitimité de fait, en contradiction frontale avec la vérité juridique.

Cette dissonance n'est pas anodine. Elle installe dans l'esprit de l'opinion publique une confusion dangereuse : qui gouverne ? Qui contrôle ? Qui parle au nom de la province ? Des questions suspendues.

Le précédent qui ne trompe pas

Pour tout observateur attentif de la politique provinciale, ce scénario est un triste copier-coller. Les années passent, les acteurs changent de costume, mais le film reste le même. Durant la législature 2017, l'Assemblée provinciale avait déjà offert au pays le spectacle désolant d'une guerre des légitimités entre deux figures : Jean-Claude Mvuemba et Matusila.

À l'époque, le motif était déjà le vice de procédure. Les deux camps, arc-boutés sur leurs interprétations des textes, s'étaient livré une bataille de communiqués, de contre-communiqués et de motions, paralysant pendant des mois le fonctionnement de l'institution. Le résultat avait été une assemblée dédoublée, stérile, incapable d'exercer sa mission fondamentale de contrôle de l'exécutif provincial.

Aujourd'hui, le duel Mantezolo-Nsuami rejoue la même partition avec une fidélité déconcertante. Comme si le Kongo-Central était condamné à revivre indéfiniment cette pathologie institutionnelle.

Une déstabilisation aux racines profondes

Au-delà de la répétition historique, c'est la question de la déstabilisation programmée des provinces qui doit être posée. La province, entité décentralisée censée rapprocher le pouvoir du citoyen, est devenue un champ de bataille permanent où les alliances se font et se défont au gré des intérêts de Kinshasa. Les motions de censure, les réquisitoires, les interpellations spectaculaires suivies de relaxes ne sont souvent que les instruments d'une guerre de position qui dépasse largement les frontières provinciales.

Le vice de procédure, invoqué avec constance dans ces crises, n'est parfois qu'un habillage juridique commode pour justifier un coup de force politique. La confusion actuelle dans le chef de l'opinion publique est légitime : comment un président juridiquement réhabilité peut-il déclarer publiquement avoir voté pour celui qu'il doit remplacer ? Cette déclaration de Papy Mantezolo, loin d'apaiser les esprits, ajoute à l'illisibilité totale de la situation.

Les vrais dossiers oubliés

Pendant que ces querelles byzantines occupent toute l'énergie des députés provinciaux, le gouverneur Grâce Bilolo fait face à un réquisitoire dont l'examen est prévu ce 13 mai. La province, elle, retient son souffle. Qui contrôlera qui, et avec quelle légitimité ? Les dossiers du développement, de la voirie, de l'accès à l'eau et à l'électricité restent, une fois de plus, les grands oubliés de cette comédie qui dure depuis trop longtemps.

Le véritable vice de procédure, finalement, est peut-être celui qui consiste à confisquer, éternel recommencement, la souveraineté du peuple du Kongo-Central au profit de querelles d'ego et de positionnement. Et si la classe politique de cette province ne prend pas garde, le citoyen, lassé de ce théâtre d'ombres, pourrait bien finir par ne plus distinguer la réalité de la fiction.

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Commentaires (3)

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M
Mathieu
Il y a 19 jours

Quand le droit et les faits se contredisent, c'est la confiance du citoyen qui s'effrite. Jusqu'à quand cette province vivra-t-elle au rythme de ses crises institutionnelles ?

M
Mathieu
Il y a 19 jours

Quand le droit et les faits se contredisent, c'est la confiance du citoyen qui s'effrite. Jusqu'à quand cette province vivra-t-elle au rythme de ses crises institutionnelles ?

H
Hugor MBELANI ✓ Membre
★★★★★
Il y a 19 jours

Institutions fantômes, citoyens laissés pour compte. Le Kongo Central mérite mieux que ces querelles de légitimité qui paralysent tout développement.