AuroreActualité
Retour à l'accueil

Le paradoxe Mantezolo ou l'imbroglio juridique du Kongo Central

La Cour constitutionnelle a rendu une décision qui secoue le microcosme politique du Kongo Central : la réhabilitation de Papy Mantezolo à la présidence de l'Assemblée provinciale. Cet arrêt, tombé ce jeudi 7 mai 2026, plonge l'organe délibérant provincial dans une situation inédite où s'entrechoquent droit, légitimité et rapports de force.

Deux présidents pour un seul perchoir

Le casse-tête institutionnel est le suivant : d'un côté, Papy Mantezolo est rétabli dans ses fonctions par la plus haute juridiction du pays. De l'autre, Victor Nsuami Mpaka, élu le 11 octobre 2025 par 38 députés provinciaux, occupe toujours physiquement le fauteuil de speaker. Cette cohabitation forcée soulève une question brûlante : qui, de l'élu du suffrage parlementaire ou du réhabilité par la Cour, détient la légalité ?

Le poison du vice de procédure

Pour comprendre cet imbroglio, il faut remonter à l'automne 2025. Accusé de mauvaise gestion et de détournement de deniers publics, Papy Mantezolo faisait face à une motion de déchéance. Le 6 octobre 2025, il annonce sa démission pour, dit-il, « apaiser les tensions ». Mais en coulisses, la bataille juridique avait déjà commencé.

Selon les observateurs, Mantezolo avait saisi la Cour constitutionnelle avant même sa démission. La défense de l'ancien président déchu s'appuie sur un point crucial du droit parlementaire : sa démission n'aurait jamais été formellement acceptée par la plénière. Comme le souligne une analyse juridique du dossier, si la démission n'a pas été entérinée par les élus, alors juridiquement, il n'y a jamais eu de vacance du pouvoir. En annulant la procédure, la Cour ne ferait donc que constater un vice originel.

Le spectre du gouvernement central

Au-delà de la querelle d'avocats, cette décision ravive le débat sur l'influence du pouvoir central. La lettre de démission de Victor Nsuami, qui a fuité depuis, fait état de pressions : « Au regard de la position prise par les autorités nationales du pays, relative à la mise en place d'un Bureau d'âge », écrit-il, évoquant une ingérence dans les affaires provinciales.

Cette phrase énigmatique laisse penser que Kinshasa n'est pas étranger à ce retournement. La Cour constitutionnelle, présidée par Dieudonné Kamuleta, avait d'ailleurs rendu le même jour une salve d'arrêts similaires, réhabilitant plusieurs responsables provinciaux destitués dans d'autres provinces.

Un provisoire qui s'installe

Aujourd'hui, Victor Nsuami n'a d'autre choix que de s'accrocher au règlement intérieur, le temps que la commission ad hoc créée ce jeudi rende ses conclusions. Mais la décision de la Cour constitutionnelle a autorité de la chose jugée. À Matadi, les regards se tournent déjà vers la plénière de lundi, où le rapport de la commission pourrait soit clarifier le flou, soit mettre le feu aux poudres.

Cette crise institutionnelle ajoute une couche de complexité à la situation politique déjà tendue dans la province du Kongo Central, alors que l'Assemblée provinciale doit également faire face à d'autres dossiers sensibles, notamment le réquisitoire contre le gouverneur Grâce Nkuanga Masuangi Bilolo.

Articles similaires

Commentaires (0)

Laisser un commentaire

Votre email ne sera pas publié.
0 caractères
Les commentaires sont modérés avant publication.

Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à commenter !